Quelques appels téléphoniques et échanges de mail plus loin, nous sommes à l’étude des documents de travail. Et le point noir qui revient une fois par jour depuis une semaine est : il n’est pas possible de faire des vidéos !!
Pourquoi diable est-il si compliqué d’aller sur le terrain et de filmer des travailleurs quand on sait qu’un Français passe en moyenne 3h36 par jour devant la télé ? A-t-on tellement envie de regarder qu’on se découvre une pudeur quand un objectif pointe sa personne ?
La vidéo fait peur ? Non bien sûr, car on accepte tous, plus ou moins vite, d’être filmé. Connaissez-vous quelqu’un qui lève la main pendant un mariage et qui dit « je n’ai pas signé le document vous autorisant à me filmer pendant le mariage »… Vous argumenterez à raison que le mariage est une sphère privée, mais alors tant qu’on ne filme pas la « voie publique », en quoi le travailleur peut refuser d’être filmé pendant son travail si l’entreprise a de bonnes justifications ?
Attention, je ne dis pas qu’il faut forcer les travailleurs à être filmés. Mais tout comme personne ne s’offusque que l’on prenne des notes sur un carnet, ou que l’on enregistre la conversation sur un dictaphone, pourquoi toujours le drame de cette satané vidéo ?
Pour vous rendre la lecture de ce billet utile, je vous liste en vrac les arguments que l’on a formulé pour appuyer notre demande auprès de la direction :
- La vidéo permet une analyse plus fine des situations de travail. Là ou l’observateur va imprimer quelque chose de figé dans sa mémoire, la vidéo reste accessible à tous.
- On peut la partager, la manipuler, extraire des séquences, la rejouer…
- La vidéo permet à postériori de faire verbaliser la personne filmée pour comprendre les raisons de ses actions
- La vidéo permet de prendre des mesures objectives, compter à foison les nombre de clics, les coups d’oeil, les pas, les mouvements, les temps de posture figée, etc…
- La vidéo (comme l’enregistrement audio) permet de faire des verbatims des échanges entre les opérateurs
- La vidéo est une source fiable d’information, alors que le ressenti du travailleur ou l’interprétation de l’observateur peuvent être erronés
- La vidéo évite d’être intrusif et d’interrompre l’opérateur pendant la tâche : on laisse tourner, ça filme tout et on travaille sur le résultat filmé
- La vidéo permet de zoomer (pour lire le contenu d’un écran par exemple), ce qui évite de devoir se rapprocher, éventuellement se pencher devant l’opérateur pour lire les informations à l’écran
La règle d’or est bien sûr celle-ci : peu importe si on a l’autorisation de la direction, il faut demander à chaque individu si l’enregistrement vidéo lui pose un problème.
A quoi faut-il penser quand on veut filmer le travail sur le terrain ?
- Prévenir et être autorisé par la direction. Encore que, si on ne demande pas, on évite un refus « avant même d’avoir commencé », ce qui est différent du refus d’une personne d’être filmée pour des raisons qui lui appartiennent…
- Préciser le type de dispositif souhaité (même s’il est difficile avant d’aller sur le terrain de proposer le meilleur dispositif adapté) : le classique caméra sur l’écran, caméra sur l’opérateur, caméra sur l’environnement ou le plateau
- Aujourd’hui la caméra légère embarquée sur le participant est efficace pour suivre les mouvements d’un opérateur très mobile
- Condition d’utilisation des vidéos : il faut clairement indiquer qui a accès au matériel brut (sur lequel les visages sont encore identifiables) et qui en a la responsabilité
- Durée d’utilisation : combien de temps les informations sont détenues
- Avertissement : l’ensemble des panneaux ou éléments indiquant la présence d’une caméra qui filme
L’avenir va nous le dire mais je parie qu’une fois sur le terrain, on fera ce que l’on voudra ou presque…

